Des familles au nord de Fukushima  

Cinq ans après la catastrophe de mars 2011, j'ai retrouvé trois familles à Minami-Sanriku, une ville engloutie, symbole du tsunami. Les enfants représentent l'avenir d’une région rurale, qui dessine sur une page blanche de nouvelles communautés.

Le contexte : Après le tsunami du 11 mars 2011 dans le nord-est du Japon, l’actualité s’est arrêtée aux images des grandes vagues et à la catastrophe nucléaire. J’ai décidé d’aller dans une direction différente, plus humaine, plus locale. En collaboration avec de petites ONG japonaises, j’ai engagé en mai, en juillet et en novembre 2011, puis en été 2012, un travail photographique et journalistique de long terme sur la reconstruction du Tohoku, le long de 400 kilomètres de côtes à Minamisoma (à 20 km du site nucléaire), Minami-Sanriku, Kamaishi, Otsuchi, Shiogama, Ishinomaki et Kesennuma.

En avril 2016, je suis revenu dans la région pour me concentrer sur des familles sinistrées plusieurs fois rencontrées à Minami-Sanriku. Ce petit port de pêche était au plus proche de l’épicentre du séisme. Après les violentes secousses, ses habitants n’ont eu que quelques minutes pour réagir. Des vagues de 15 mètres ont tout balayé, s’engouffrant jusqu’à 6 km dans les terres. Minami-Sanriku reste aujourd'hui une ville symbole de la catastrophe. 3000 personnes ont disparu. Des milliers d'autres sont parties en quête de travail et d'une nouvelle vie.

Le sujet : J'ai rencontré les familles Nagashima, Sato et Sugawara pour la première fois en mai 2011. Dans un centre de réfugiés, une crèche, une cantine collective, puis les mois suivants dans des préfabriqués, j'ai suivi les histoires simples de ces gens qui ont tout perdu, et ne conservent de leur vie d'avant que les vêtements qu'ils avaient sur eux, un portable, parfois une photo.

Les 3 familles sont représentatives de la petite société de Minami-Sanriku, puisque les Nagashima sont artisans pâtissiers, les Sato sont pêcheurs, et les Nagashima tiennent une maison d’hôtes qui devrait réouvrir à l'été 2016. Ils sont les survivants d’une société rurale qui a perdu la moitié de sa population pendant et après la catastrophe. Ils représentent donc un sang nouveau dans une population vieillissante. Les 3 familles comptent 8 enfants au total.

En avril 2016, toutes ont quitté les préfabriqués pour intégrer de nouvelles maisons. Je suis allé chez deux d’entre elles, ainsi que sur leur lieu de travail et à l’école des enfants. Les histoires se croisent un peu, puisque la famille Nagashima tient une boulangerie, un lieu minuscule dans un préfabriqué, dans laquelle travaille la jeune fille Sugawara qui a maintenant 17 ans. En outre, les enfants Nagashima et Sato fréquentent l’école primaire Togura (l'ancienne a été engloutie) dont j’ai obtenu un témoignage intéressant du proviseur.

Mon éditing est organisé par famille, et de manière partiellement chronologique. Entre chaque histoire, j’ai intercalé quelques vues de Minami-Sanriku. La reconstruction de la ville constitue un arrière-plan phénoménal, un chantier qui paraît sans fin. J'ai également conservé dans cet editing plusieurs images de photographies retrouvées dans les décombres, puis nettoyées et exposées par des volontaires, car ces photos représentent à mon sens le passé englouti, le monde d’avant.

Les notions de solidarité, d’empathie, tiennent une place centrale dans le sujet. Les sinistrés témoignent en effet du désir de construire un autre modèle de société, de profiter de la perte pour rebondir différemment, dans une logique moins consumériste, plus écologique, plus respectueuse de la terre, et plus humble aussi. De leur côté, les volontaires (qui apparaissent à quelques reprises dans l’editing quand ils sont en lien avec les 3 familles) sont venus changer de vie dans le nord-est du Japon. Fortement impliqués pour Minami Sanriku, ils sont parfois tombés amoureux. Des dizaines d'entre eux se sont mariés avec des sinistrés et se sont installés sur place, construisant de nouvelles communautés et imaginant des sociétés plus responsables.

L’intérêt documentaire à long terme : Si les problématiques que rencontre la société japonaise ressemble déjà aux nôtres (consommation extrême, vieillissement de la population, prise en charge médicale), les réponses qu'elle dégage en termes d'entraide et de solidarité nous serviront d'exemple demain. En effet, le réchauffement climatique promet d’induire des catastrophes de plus en plus violentes et répétées. Dans leur histoire ancienne et récente, les Japonais ont appris à faire face. Ils savent s’organiser dans l'urgence et sur le long terme, en s'appuyant essentiellement sur la société civile.

LÉGENDES DÉTAILLES SUR FLICKR :

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